28 juin 2005

...je sors mon revolver.

Ici se trouve le début.
Soudain, un texto. "Le pape est mort". Johannes Paulus II a rejoint la maison du Père. Moi la rue. Avec Axël. Nous attendons comme une avalanche de glas qui secouerait la ville entière d'une plainte funèbre. Nous attendons que toutes les églises construites ici par d'anonymes et pieux esthètes, élevées par la foi et l'art, carillonnent à tout va leur tristesse infinie. Mais rien. Si ce n'est la brève résonance du Marquis de Prada vide atteignant le bitume. Alors nous courons vers la plus proche église. Close. Vers la cathédrale. Trois jeunes sur le parvis. "Vous êtes venus pour la mort du pape?" -"Non, non, euh..." Ils sont un peu effrayés par notre arrivée tonitruante, volontaire, excédée. Ils s'en vont rapidement en s'excusant platement, comme s'ils se sentaient coupables de quelque sacrilège. Mais putain. Ils s'en foutent tous. La terre est lâchée quelques jours sans intermédiaire de Dieu, la planète est orpheline de celui qui possède les clefs, le monde est submergé un instant par l'obscurité, le seul chef encore légitime n'est plus. Et ils s'en foutent. Du moins ici. La moitié du monde heureusement est en pleurs. Mais ici, on n'ose même pas heurter la vague beuverie d'un samedi soir par le moindre son de cloche. C'est vrai, la France n'est plus la fille aînée de l'Eglise. Mais la salope du monde comme disait Bloy. Une salope à bonnet phrygien. Qui fait du tapage bariolé tous les deux jours pour une de ses nombreuses causes d'émancipation des singes évolués, mais qui ne lâchera pas le moindre hommage sincère à ce qui nous reliait encore à Dieu.
Finalement nous voici devant une petite église. Nous frappons avec fureur contre la vieille porte sculptée. Derrière nous c'est une place couverte de bars qui observe avec curiosité l’énervement de quatre garçons étranges. En effet, Philéas et Robin nous ont rejoint, abandonnant leurs pintes encore pleines sur le bord d'un zinc. Nous sommes comme les derniers chrétiens. Très semblables aux premiers. De nouveau marginaux. Presque hors-la-loi. Refusant à un certain moment le pain et les jeux pour nous agenouiller devant cette porte close et entonner un cantique. Derrière nous, tintements de verres et causeries. Devant nous: la maison du Seigneur dont nous avons perdu les clefs. Au-dessus: un ciel profond qui semble écrire en pointillés d'étoiles une épitaphe à la hauteur de l'âme qui nous a porté et qu'attire à présent la Lumière Eternelle.
« Alors, l’expo vous a plu ? ». Nous nous sommes croisés par hasard dix minutes après. Nous lui fîmes avaler sa vulve en pâte à sel. On a l’hostie qu’on peut.

Commentaires

Moi aussi , je suis excédé en ce moment. Mais le lyrisme catho me soulage : bravo pour la pâte à sel. Il faut désarçonner les dévôts, tous ces festivus en bermudas qui nous donnent l'heure.

Ecrit par : Ludovic | 28 juin 2005

remis une pendule à l'heure chez FromagePlus, vous découvre ici, ravi dans tous les sens du terme.
bien à vous

Ecrit par : fodio | 01 juillet 2005

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