18 août 2005
Alléluia motherfuckers
De l'influence néfaste du mouvement hippie sur Vatican II et de la dilution mièvre de la métaphysique chrétienne sous ses assauts bariolés. En définitive, je crois que je préfère encore le catholicisme version Grande Inquisition qui a tout de même une certaine tenue et un rare flamboiement. Je dis ça pour provoquer, ouais, peut-être, et encore, Lui aussi disait beaucoup de choses pour provoquer cette masse veule et amorphe qu'est l'humanité. Il est venu porter le Feu sur la terre, pas des chansons pourries. Et ça te fout en l'air une procession, des chansons pourries. Ne parlons pas de l'abandon du latin qui transforme le parvis d'une église au moment des collectives récitations, en hall d'aéroport: "Jésus est cool, Jesus is cool, Jesus ist cool..." Un Côtes-du-rhône à dix euros, et nous voici avec Axël et G., à nous consoler au-dessus des falaises. De l'ivresse et du vertige. C'est tout ce qu'on vous demande. Merde.
De l'influence potentiellement régénératrice du mouvement punk au sein d'un catholicisme décadent. "Exept God and the King, never mind the bollocks", "No Future out of the Church", "Jesus fucks your society"... On pourrait finir par réveiller cette vieille dévote liftée ayant un peu honte de sa ringardise alors achetant un bob jaune pour faire jeune qu'est, semble-t-il parfois, devenue notre Sainte Mère l'Eglise. Qui sait? Des pèlerins allemands passent devant nous, nous levons notre bouteille à leur santé, même s'ils ressemblent plus à un groupe de touristes égarés dans un lieu saint qu'à des pèlerins illuminés. Allez, alléluia, motherfuckers.
08 août 2005
Sed Lex
J'étais à demi allongé sur un canapé de cuir incarnat, ce matin vers 10h, et je sifflotais en lançant des fléchettes tout en écoutant distraitement la radio. La cible que je m'étais confectionnée la veille était très vaste, rectangulaire, à faible distance, et présentait une bonne dizaine de scores maximums. Je ne ratais donc quasiment jamais mon coup. Ce qui a l'avantage de mettre de bonne humeur, chose très importante, surtout si l'on se réveille à l'aube (9h45). Alors que je venais d'atteindre en plein centre le high score n°6 (une photo carrée, noir et blanc, 10/10, punaisée en haut à droite du rectangle-cible), je me laisse envahir par les propos touchants de l'invitée, cette photographe ou journaliste questionnée dans l'émission produite par la radiodiffusion de la Propagandastaffel gauchiste nationale. Celle-ci parle de ces "mules", c'est-à-dire passeurs de coke qui ingèrent le produit pour passer les frontières. Elle parle de leurs situations personnelles dramatiques qui les poussent à effectuer ce genre de mission et semble, insidieusement, de manière perfide et tenace, accuser, en vrac: la Justice qui va les condamner, l'Amérique impérialiste et vraiment dégueu, la douane française qui fait son boulot, etc. Et les narcotrafiquants, connasse? Sont aussi blancs que leur dope, peut-être? Je tire une nouvelle fléchette. Je viens de percer un oeil à Pierre Marcelle. Ce qu'une bonne femme de cette sorte ne peut pas comprendre, c'est qu'on peut éprouver une infinie compassion pour les "hors-la-loi" en question, demander une clémence particulière pour leurs "crimes" qui ne sont vraiment pas grand chose, en effet, sans pour autant remettre en cause, une seconde, le bien fondé et l'absolue nécessité de la LOI. Dura lex sed lex. Un crime doit être jugé, et condamné, quelque en soient les motifs. Point. Les plumes de ma dernière fléchette tanguent entre les deux yeux de Beigbeder. Si on gracie les passeurs parce qu'ils sont avant tout des victimes de la misère, alors les narcotrafficants auront des armées entières de pauvres désespérés à leur service, qui tenteront de gagner ainsi de petites fortunes sans prendre le moindre risque. Mais cette mise en perspective est sans doute trop "abstraite", ou peut-être cryptofasciste, pour notre interviewée qui explique qu'en Colombie, on n'aime pas trop les ricains. (Sous entendu, tout ça, au fond, c'est de leur faute). Le complot "américano-sioniste" avec tout ce que peut contenir de fantasme et d'obsession irrationnelle ce genre de théorie, est la nouvelle marotte du gauch', qu'il a récupérée à peine ternie des mains tremblantes du nazi couvert de crachats. Merde! J'ai à peine décoiffé l'immonde Virginie Despentes. Bon, c'est sûr qu'à la base, les femmes n'ont pas vraiment le sens de la Justice. D'ailleurs Freud en avait fait une explication assez convaincante. Alors une femme invitée sur France Inter, n'en parlons même pas. Au niveau "légaliste", on plonge dans la pire perversion. Parce que derrière ces légitimes larmoiements, il y a ceci. Une dangereuse perversion. Et d'avoir en grande partie perdu le sens sacré de la Loi et de la Justice, on en arrive à notre situation actuelle. Il y a quelque chose de pourri en République française. Et c'est peut-être aussi la faute à des larmoiements de pétasse. Attention, je ne dis pas qu'il faut être froid et cruel. Loin de moi cette idée. Je dis que... Pffftttt. Pak. Chirac au niveau de son sonotone. Je dis que la Justice doit être rendue, et cela comme un impératif de type sacré. Même l'ancien meurtrier condamné à mort en était persuadé, et assumait son châtiment en soutenant le regard de son bourreau. En ceci, d'ailleurs était-il encore digne. Plus que le violeur en série qui vient pleurer parce que son père l'avait lui aussi enculé toute son enfance. La Loi existe. Lorsqu'on l'enfreint, on sait ce qu'on fait. Alors on assume les contre-coups. Oh... J'ai littéralement défiguré Gérard Miller. Je me félicite en avalant une gorgée de café brûlant. Je n'ai plus de fléchettes. Je contemple mon tableau de chasse. Moi, par exemple, je préfigure d'autres jugements, qui ne peuvent être rendus ici-bas.
26 juillet 2005
Le bruit de la loutre
Le bruit que fait une loutre qui s'écrase sur le bitume après qu'on l'a jetée par la fenêtre parce qu'elle fouinait avec une avidité trop évidente dans les lettres d'amour dont vous vouliez vous débarrasser, parce que passée la fièvre qui les avait portées leur style finissait par vous éreinter. Vous l'entendez, ce bruit? Ce lourd clapotement échouant sur le trottoir suivi d'un couinement indéfinissable (sauf en employant des métaphores empruntées au lexique bariolé d'un poète junky des îles Kerguelen). Parce que si je vous parle de ce bruit (humide et sourd, fatal et fuyant, traversé d'ultrasons comme les larsens d'un cœur abandonné qui se cramponne à ses feedbacks), si je vous en parle c'est parce que, personnellement, il m'a évoqué des sensations des plus étranges, paradoxales, inquiétantes et spirituelles qui soient. Un imbroglio d'émotions virulentes à en faire fondre une banquise. Quelque chose qui tenait de la chute du Jardin d'Eden, de la condition précaire des mammifères marins, du cri d'adieu des folles à bout de souffle, de la double épaisseur des peaux dont l'on se revêt et qui n'altère en rien l'atroce constat des amours périmées. Alors, que voulez-vous, sous le choc, je suis parti dans une agence de voyage pour demander un aller-simple vers le pôle. On m'a répondu: "Lequel?" -"Mais enfin qu'est-ce que ça peut bien faire puisque à un certain point les extrêmes se ressemblent à en devenir indifférenciables?" Ils ont fini par m'envoyer promener. Enfin, pas très loin, dans la rue de l'agence. Pourquoi le pôle? Sans doute pour me recentrer. Ou observer fondre la glace. Voilà ce que je pensais en traversant un quelconque parc peuplé de familles suantes. Je saluai un enfant fort laid d'un air entendu puis me rendis au cinéma pour me changer les idées et voyager pour moins cher. Assis sous l'écran, j'ai pu suivre tout le déroulement du film sur les physionomies changeantes des visages des spectateurs. Le film était hilarant au milieu, un peu moins drôle au fond, et baillait sur les côtés. Après cet intermède, je suis repassé chez moi. Des pompiers s'affairaient à récupérer la loutre. Une fois à ma table, j'ai pris mon stylo pour écrire une lettre à V. J'avais vécu avec elle une brève idylle compliquée il y a des années. Je l'avais plaquée, puis nous nous étions remis ensemble, puis elle m'avait plaqué. "Chère V. , ai-je écrit, je souhaiterais que tu me renvoie les lettres que je t'ai expédiées au temps où nous étions ensemble, vu que c'est de l'histoire passée, je ne vois pas en quoi ces lettres peuvent encore t'être utiles, si ce n'est à représenter un bien piteux trophée. En plus, sache que je ne t'ai jamais aimée. J'aimais ta robe rouge, le timbre de ta voix lorsque tu étais fatiguée et ta manière très touchante de pleurer. Mais toi-même, personnellement, je ne t'ai jamais aimée. Donc tu vois, tu peux renvoyer ces lettres qui m'appartiennent plus à moi qu'à toi, vu que j'en suis l'auteur. Elles sont relativement nulles, me semble-t-il, mais j'avais trouvé les mots justes pour te signifier notre rupture. Il se peut que j'aie de nouveau besoin de ces mots de rupture. La lettre de réconciliation n'était pas mal non plus. Il se peut que j'éprouve bientôt le besoin de me réconcilier. Je ne vais pas me fatiguer à inventer de nouvelles formules quand j'ai déjà trouvé des expressions qui convenaient, bien qu'entourées de phrases pathétiques et d'hyperboles grotesques." C'est ça, me suis-je dit en léchant l'enveloppe. La vie n'est que ruptures et réconciliations, il faut en posséder les formules, du moins en attendant qu'elle se confonde avec le bruit d'une loutre échouée sur un trottoir sous l'indifférent soleil de juillet.
02:50 Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
20 juillet 2005
Martyre mineur
Vendredi, jour de crucifixion. Je rampe. Pénitence. Je desserre ma cravate. Expire une bouffée de tabac. La tige en consomption coincée entre mes dents. Mes membres me font mal. J'avance encore d'un mètre. Nous avons soif de Justice et de Marquis de Prada. Je rampe. Obscurité protectrice du couloir. Je suis comme un chien de chasse qui ramperait vers sa proie, dissimulé sous quelque broussaille. Dieu reconnaîtra les chiens. Je souffre, il est vrai. Sur le chemin de Croix qui est le mien, je pense aux souffrances de Notre Seigneur. J'offre ma souffrance pour la rédemption des camarades faibles et pécheurs qui roulent à terre dans le salon. Le Golgotha est presque atteint. Je donne un coup dans la porte qui s'ouvre enfin. Parviens à me redresser dans un ultime effort. Appuie sur l'interrupteur en prononçant un "Fiat Lux" auquel répond la lumière brusque. Je crache ma cigarette et vomis tout en réfléchissant à mon action. Si je me défonce la gueule, c'est d'abord par goût de l'ivresse, compensation de l'extase. Et ensuite pour donner une raison vulgaire à ma nausée.
Je tire la chasse d'eau, puis vais asperger mon visage dans le lavabo. Croise l'accusation du miroir. Je fais face à mon double. Le toise. Resserre ma cravate. Le défie et lui lance, bernanosien:
"NON, nous ne vomissons pas en vain,
nous sommes seuls à vomir parce que nous sommes seuls à torcher.
Nous torchons pour tous les lâches qui ne boivent jamais.
Que Dieu ait pitié de nous."
Et je sors, ressuscité, prêt à de nouveau boire le sang de la terre répandu pour nous. A offrir mon foie en holocauste à Sa gloire. Tout en envoyant chier les gardiens du Temple.
22:00 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
15 juillet 2005
Pourquoi le Brésil?

Voici, plus ou moins, le contenu de ma conversation avec Natacha, hier soir vers 00h17, 00h18, dans un bar assez calme, lumière et musique tamisées (Portishead), cendriers pleins et pintes de bières glacées agrémentées d'un verre de vodka en leurs fonds. Pour ceux qui n'auraient pas tout suivi, mon amie Natacha est d'origine russe et n'est pas encore parfaitement initiée aux us et coutumes de notre beau pays.
Elle: C'est beau cette musique brésilienne.
Moi: Mmoui. C'est moins pire que ce que je croyais.
Elle: Tu n'aimes pas les Brésiliens.
Moi: Oh que si. Ils m'ont toujours paru charmants ces gens-là (et puis ils sont trop loin pour venir nous faire réellement chier).
Elle: Et pourquoi alors ces groupes de musique brésilienne et ces drapeaux brésiliens et ces spécialités brésiliennes un peu partout?
Moi: C'est la fête nationale.
Elle: Du Brésil?
Moi: Mais nan... La nôtre, la fête nationale française.
Elle: Bah, alors pourquoi vous fêtez le Brésil le jour-même où vous êtes censés fêter la France? Vous auriez pu trouver un autre moment pour le Brésil, tu ne crois pas?
Moi: T'occupes.
Elle: Quoi?
Moi: Bon, oui, d'accord, la France se hait. Quand tu vois ses dirigeants et ses goûts, ça se comprend. Et la seule manière d'imaginer un hommage et un amour offerts à leur mère-patrie se limite pour eux en général aux brailleries débiles et agressives d'une bande de hooligans. Donc, forcément, fêter la patrie devient une sorte d'évènement tabou qui fout tout le monde mal à l'aise. Alors on trouve des moyens de diversion. Cette année, le moyen qu'on a trouvé, c'est le Brésil.
Elle: Ah... Alors c'est pour ça ces slogans: "Liberté, Egalité, Fraternité, Touche-pas-mon-pote, Culture-métisse"?
Moi: Oui. Disons que c'est étiqueté "made in France" mais que c'est surtout du gloubiboulga internationaliste, donc ça c'est autorisé.
Elle: Et les schtroumpfs?
Moi: Hein?
Elle: Oui les schtroumpfs multicolores avec leurs bonnets rouges?
Moi: Ah, les sans-culottes.
Elle: Quoi?
Moi: Ce sont des gens qui commémorent la terreur, le saccage des églises et des châteaux, l'époque où on faisait fondre les orgues pour couler des canons, les profanations, les orgies plébéiennes bavant de salive et de sang, le culte naïf et grotesque de l'Être suprême, les premiers génocidaires politiques, les fastes néo-romains en carton-pâte et tout ce décorum proto-mussolinien. Enfin tout ce sur quoi est assise la putain éborgnée qu'est la France contemporaine.
Elle: Ah oui, tu m'en avais parlé.
Moi: Me souviens pas, devais être ivre.
Elle: Si si, je me souviens. Tu m'avais expliqué que le nationalisme belliqueux moderne était né avec la Révolution française, lorsque le peuple décapité de son roi, ne pouvait plus être uni qu'à l'horizontale par une exaltation de la terre et du sang devenue obsessionnelle et... Mais alors, ces gens-là commémorent la naissance du nationalisme?
Moi: Oui.
Elle: Et du même coup ils n'assument pas de fêter leur propre pays.
Moi: Oui.
Elle: Mais alors ils sont schizo ou quoi?
Moi: Bon, ça va, hein. Ta gueule, d'abord. Quand on vient d'un empire foiré comme le tien qui a dégénéré à ce point, on se permet pas de faire la morale aux autres. Avale ta faucille, Ruskov!
Et je lui jetais le dernier tiers de ma pinte au visage.
Et elle me jeta la moitié de la sienne au visage.
Et nous nous fîmes jeter du bar.
Et nous nous jetâmes des insultes en russe et en français avec une terrible véhémence.
Et nous jetâmes du sel sur les plaies.
Et nous jetâmes l'éponge.
Je t'aime Natacha
beaucoup
entre minuit et trois heures du matin
lorsque je ne suis pas à jeun.
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12 juillet 2005
Liste noire 1
Initiation de l'élaboration d'une liste noire dans le but d'obliger les puritains de la bien-pensance à vider leurs bibliothèques.
Premièrement, donc, André Breton. L'Homophobe.

"J'accuse les pédérastes de proposer à la tolérance humaine un déficit mental et moral qui tend à s'ériger en système et à paralyser toutes les entreprises que je respecte."
André Breton (Recherches sur la sexualité, La Révolution surréaliste, n°11, mars 1928.)
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